Retour sur la journée “Les Terres Rares dans l’économie d’aujourd’hui : du gisement au recyclage”
La Sim a organisé le mardi 3 février 2026, à la Société Géologique de France, une journée d’échanges consacrée aux ressources primaires et secondaires en Terres Rares, en lien avec les besoins de l’industrie des aimants permanents.
Pour cette journée, plusieurs partenaires avaient été associés : le Syndicat A3M, les pôles de compétitivité AVENIA (Nouvelle Aquitaine) et TEAM2 (Hauts de France) ainsi que le MEDEF International.
Plus de 90 personnes étaient présentes pour écouter et échanger avec les 7 conférenciers qui ont présentés un large spectre de cet enjeu crucial de la transition énergétique et des besoins du numérique.
Interventions du matin :
- Alice MARIE du CEA a présenté les études faites dans le cadre de l’OFREMI et du projet Antibes, sur les besoins en aimants permanents de terres rares lourdes (Nd/Pr et Dy) en lien avec la mobilité électrique et l’éolien. En fonction de l’évolution des parcs correspondants, et donc du recyclage potentiel, A MARIE présente les capacités Françaises et Européennes de recyclage et les compare aux besoins potentiels en 2030. Elle conclue que les flux de recyclage deviendront significatifs dans les décades à venir mais qu’ils ne suffiront pas à couvrir l'ensemble des besoins industriels. Il est donc crucial de développer une synergie nationale et européenne sur ce sujet pour sécuriser les approvisionnements à court terme.
- Gaétan LEFEBVRE du BRGM, a brossé un panorama des potentiels de gisements primaires à travers le monde regroupés par typologies (Magmatiques, Non conventionnels ou Sédimentaires). Actuellement, d’un point de vue minier, la Chine n’est plus ultra dominante (60%), des développements ayant lieu au Myanmar, USA, Russie, Australie entre autres. Côté Européen incluant le Groenland, le potentiel minier est remarquable en termes de ressources mais les réserves ne sont pas encore suffisamment prouvées, et les contextes environnementaux de l’extraction et de l’enrichissement sont des enjeux majeurs. G LEFEBVRE souligne en conclusion que « Une filière de production est possible uniquement si elle repose sur un système de mutualisation du risque ».
- Audrey PHILIPPE du BRGM revient ensuite sur le potentiel de valorisation des aimants permanents d’éoliennes en Europe pour les 25 prochaines années. Ce gisement est très important en volume et en concentration avec une répartition variée des localisations géographiques dans les différents pays européens. Les teneurs en Néodyme et Dysprosium sont présentées en fonction des typologies de turbines et donc le tonnage potentiel est évalué en fonction de la durée de vie des éoliennes (médiane à 22.5 années). A court terme le recyclage ne suffit absolument pas aux besoins d’installations nouvelles, mais en 2050, le potentiel sera plus important.
Les conférences de l’après-midi étaient consacrées aux entreprises françaises qui sont à la pointe européenne (voir mondiale) dans le recyclage des terres rares des aimants permanents :
- Lama ITANI de SOLVAY a présenté rapidement les 75 années d’expertise de SOLVAY dans la valorisation de terres-rares depuis les pierres à briquet jusqu’aux terres rares lourdes ou légères utilisées actuellement dans des applications nombreuses (polissage, éclairage, catalyseurs, médical). Concernant la capacité de production mondiale des aimants permanents, en 2030 hors Chine 40% des besoins seraient couverts dans le monde ; en Europe ce ne serait que 14%. Même si la demande en aimants NdFeB, dominent largement le marché, ceux au Samariaum/Cobalt représentent un volume faible mais stratégique (Aérospatial, Défense). L.ITANI a ensuite abordé les processus de traitement de SOLVAY à La Rochelle. Grâce à l’expertise historique et au savoir-faire correspondant, les process sont optimisés d’un point de vue récupération et environnement. Solvay a également intégré des chaines de traitement modulaires pour s’adapter au marché et mieux intégrer des produits recyclés dans ses procédés. Depuis 2025 le projet de production de 4500T/an d’oxydes de Nd/Pr, Nd,Sm, Dy et Tb est lancé par étapes successives.
- Peter DUNNE de la société REMEDY (une start-up) a présenté les procédés innovants développés grâce aux compétences des fondateurs en électrochimie-magnétique. Cette technologie pour la récupération dans les minerais de terres rares primaires (Nd/Pr/Dy/Tb) permet de diminuer le nombre d’étapes (division par 10 à 20) et donc l’impact environnemental des procédés (CO2, KW, Eau, pas de solvants organiques). Les prototypes labos ont validé les études et un pilote de 1t/an est prévu en 2026, puis une unité de 50T/an en 2027. La technologie fonctionne aussi bien sur des produits recyclés que sur les minerais. REMEDY a développé des partenariats avec des entreprise minières pour assurer son développement.
- David BENGIO de CARESTER, société créée en 2019, est intervenu pour expliquer que l’entreprise a développé un procédé en ‘Cycle long » (C’est-à-dire, récupération des terres rares depuis les aimants). Le projet CAREMAG démarré en 2023 pour une usine basée à Lacq (64) s’est concrétisé avec la première pierre posée en mars 2025. Le dimensionnement est prévu pour traiter 2/3 de concentrés de minerais et 1/3 d’aimants recyclés et produire 800T/an d’oxides de Nd/Pr et Nd, 500T/an d’oxides de Dy et 100T/an d’oxides de Tb. L’investissement est de 180 Millions d’Euros, et près de 100 emplois directs seront créés. Le démarrage industriel aura lieu en 2026. Les minéraux traités peuvent contenir des HRE (terres rares lourdes) ou LRE (terres rares légères (Bastnésite, Monazite, Eudyalite, Xenotime et Argiles ioniques). La consommation d’eau est très faible, les effluents nitratés sont recyclés en engrais et l’énergie utilisée est 100% électrique.
- Sophie RIVOIRARD de MagREEsource a présenté une solution de recyclage d’aimants permanents en « boucle courte » c’est-à-dire que le recyclage se fait d’aimants permanents en aimants permanents, donc sans passer par la récupération des Terres rares contenues. La société est un essaimage du CNRS de la région Grenobloise démarré en 2020, avec un pilote en 2023 produisant 50T/an à partir de 2026 et une unité industrielle prévue en 2027-2028 pour les aimants NdFeB et en parallèle la validation de la production pilote pour les aimants SmCo. Ces technologies en cycle court ont un avantage très important car elles ne nécessitent pas de repasser par la phase oxides de terres rares. Les performances des aimants produits sont contrôlées en interne pour garantir les exigences techniques des clients. Les partenariats ont été développés par MagREEsource aussi bien en amont pour la récupération des aimants usagés qu’en aval pour la fourniture de ces aimants.
En conclusion de cette journée, il ressort que les compétences techniques et en recherche-développement sont bien présentes en France, et que des démarches d’industrialisation sont engagées.
Un dossier technique portant sur les différentes conférences sera disponible dans la revue Recyclage & Valorisation (périodique n°93 – juin 2026).



