Bulletin SEMENVIM N°3
Par François Clin
Inventer le naturel
Quand il s'agit de la découverte d'un gisement minéral le terme techniquement consacré est bien celui d’ « invention » : on invente un gisement...
On est alors assez éloigné de l'acception plus classique et plus proche du concept de création innovante. Le mot invention est donc un polysème et même un énantiosème si l'on considère les deux sens contradictoires pour la réalité physique d'un gisement minéral et l'irréel d'une « pure » invention ! On en d'ailleurs plusieurs fois connu de « coups boursiers » et autres spéculations financières montés à partir d'annonces d'inventions minières qui n'étaient que de pures inventions…
Mais revenons plutôt à la dualité entre invention géologique minière et invention technologique innovante car elle soutend une problématique majeure dans l'émulation compétitive des acteurs de l'industrie minérale dont on connait la dimension très capitalistique.
L'avantage acquis par l'inventeur minier à l’issue de son permis de recherche le positionne fortement pour la concession d’exploitation : cet atout concurrentiel peut inciter à privilégier les efforts dans la prospection plutôt que dans une innovation technologique dans l'exploitation toujours risquée.
C'est dire que les innovations techniques radicales vont être assez rares dans ce lourd secteur industriel évoluant plus en progrès incrémental. Une très importante latence peut alors s'établir entre l'invention minière et l'invention technique à développer : l'exemple du sujet néo-calédonien est patent.
L'invention géologique va donc consister à révéler des distributions naturelles d'éléments minéraux : naturelles mais exceptionnelles et anormales (au-delà des anomalies géochimiques), voire jusque « monstrueuses » pour certains gisements majeurs.
Si l'on parle souvent d' « ingénieur géologue », c'est que la discipline se base souvent sur une notion d' « objet géologique » dont l'unicité n'est pas celle d'un individu d'une population. Si les formations géologiques ont des causes communes, elles se combinent souvent en objets uniques.
La démarche scientifique repose alors souvent sur l'approche analogique privilégiant la recherche de ressemblances permettant de rapprocher les phénoménologies, par opposition à la discrimination fondée, elle, sur la distinction de différences entre individus et populations des disciplines du vivant.
Cette notion d'objet minéral unique se retrouve en techniques de l'aménagement où le terme « ouvrage d'art » se relie bien au génie inventif.
Une autre caractéristique de l'invention minière est celle de mettre en évidence un objet qui ne sera jamais directement observable : le gisement pourra être épuisé sans jamais avoir été vu !
On n'est pas à une contradiction près puisque tout aura débuté par une prospection géologique dont le propre aura été de prédire (pour des investisseurs sur avenir proche) le présent minéral d’un passé lointain.