Gambsheim et Marckolsheim montrent l’exemple

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mines & carrières 218 - octobre 2014

 

Au mois de juillet, le district Est de la Sim a organisé une journée technique consacrée à l’exportation des matériaux de construction par voie fluviale. L’occasion de découvrir deux exploitations : les gravières et sablières Veltz-Vix à Gambsheim, et les ballastières Werny à Marckolsheim, toutes deux implantées dans le Haut-Rhin.

 

À l’occasion de la journée technique organisée par le district Est de la Sim le 1er juillet, une vingtaine de personnes se sont rendues à la gravière Veltz-Vix de Gambsheim (67) et aux ballastières Werny de Marckolsheim (67).

Elles ont pu découvrir ces deux sociétés, voir l’extraction, les installations de traitement et les deux installations de chargement de péniches sur le Rhin, ainsi que la réhabilitation des sites.

Durant cette journée, l’occasion a été donnée de visiter l’écluse de Gambsheim, la plus grande écluse de France. Cette double écluse de 270 m de long, 24 m de large et 10,65m de profondeur permet d’accueillir des bateaux de 260m.

Les gravières d’Alsace et l’exportation de granulats par voie fluviale

Les matériaux de construction (granulats, ciment et chaux) représentent un tiers des marchandises transportées par la voie fluviale, sur le Rhin, en Alsace.
Ce mode de transport, destiné à l’exportation vers l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et en petite partie vers la Suisse, concerne 16 % de la production de granulats d’Alsace (chiffre 2011). Cette production est réalisée par :
– 45 entreprises produisant 18,1 Mt sur 129 sites ;
– 9 entreprises produisant du béton prêt à l’emploi dans 51 centrales, soit 1,4Mm3 ;
– 6 entreprises extrayant et façonnant le grès des Vosges sur 15 sites d’extraction ;
– 11 entreprises qui ont une activité connexe (plâtre, béton industriel, adjuvants pour bétons, mortier industriel, argile).

Quelques ratios d’utilisation des granulats

En Alsace, les consommations de granulats sont de 8,6 t/an/habitant dans le Bas-Rhin, et de 6,5 t/an/habitant dans le Haut-Rhin. En béton prêt à l’emploi, la consommation est 0,8 t/an/habitant.

Pour construire :
– un kilomètre de voie ferrée, il faut 10 000 tonnes de ballast ;
– un kilomètre d’autoroute, il faut 30 000 tonnes de granulats ;
– un logement, il faut 100 à 300 tonnes de granulats ;
– un hôpital ou un lycée, il en faut 20 000 à 40 000 tonnes ;
– un terrain de football synthétique, il en faut 4 000 tonnes.

Les modes de transport des granulats en Alsace

Les modes de transport utilisés et potentiels pour l’acheminement des matériaux de carrières sur leur lieu d’utilisation sont au nombre de trois : la route, la voie ferrée et la voie d’eau.
La route est en général le mode transport majoritairement utilisé dans plus de 95 % des transports, pour des raisons de souplesse et de coût pour de petits parcours.

C’est un mode de transport qui peut présenter des inconvénients (traversées d’agglomération, dégradations de chaussées…), mais c’est aussi le seul mode qui n’implique pas de rupture de charge, laquelle entraîne des coûts et des délais supplémentaires.
La voie d’eau est le second mode utilisé. Il l’est, pour le trafic international, par l’intermédiaire du Rhin pour approvisionner des marchés éloignés comme ceux de l’Allemagne ou des Pays-Bas.
La voie ferrée n’est actuellement pas utilisée en Alsace.

Il est à noter que les deux derniers modes de transport nécessitent de disposer, sur les sites mêmes de production et d’utilisation, d’un embranchement qui permette de procéder au chargement et au déchargement sans avoir recours à un transport intermédiaire, coûteux, par camion.

C’est ainsi que pour une production totale de granulats d’environ 18 Mt en Alsace, 4 Mt ont été exportées dont 1,1Mt par route (6 %) et 2,9 Mt par voie fluviale (16 %), soit environ :
– 1, 6 Mt vers l’Allemagne ;
– 0,8 Mt vers les Pays-Bas ;
– 0,3 Mt vers la Belgique ;
– 0,2 Mt vers la Suisse.

Le transport par voie d’eau

L’avenir de ce mode est conditionné par différents paramètres, dont :
– le maintien, voire le développement, de sites d’extraction le plus proche possible de voies navigables (chargement direct) ;
– le maintien de sites de réception bord à quai, soumis à une compétition foncière très rude en milieu urbain et périurbain ;
– la capacité à trouver un fret retour pour les péniches ;
– une bonne capacité de chargement des barges (800 à 1 000 t/h).

Le frein à ce mode de transport, ce sont les variations du niveau d’eau du Rhin. En période de basses eaux (hiver sans neige, manque de pluies…), les barges avec pousseurs chargées à 6 000 t à 8 500 t comme les automoteurs (3 500 t) ne peuvent plus être remplis.

Le coût moyen du transport fluvial est de 4 à 5 €/t en bonnes conditions. Il peut atteindre 8 € en période d’étiage.
Pour mémoire, le prix moyen des granulats de gravières est de 6 à 8 €/t en roulé et de 8 à 10 €/t en concassé départ gravière.

Les gravières et sablières Veltz-Vix

Cette entreprise familiale a été fondée en 1931 par Joseph Vix, originaire de Gambsheim, à 18 km au nord de Strasbourg, près du Rhin. Joseph Vix a installé sa première exploitation, hors du village, le long du Rhin.

Le trafic fluvial sur le fleuve était déjà très présent à l’époque et Joseph Vix pressentait immédiatement l’avantage géographique qu’il pouvait en tirer en construisant en 1961 le poste de chargement de péniches, le deuxième mis en service sur la rive gauche du Rhin entre Bâle et Lauterbourg.

La troisième génération, sous la présidence de Jacqueline Veltz secondée de Nathalie Veltz, directrice générale déléguée, perpétue la tradition familiale. L’entreprise emploie 33 personnes pour une production annuelle moyenne de 850 000 tonnes sur 60 hectares.

La production est la suivante :
– 465 000 t de sable et gravier roulé ;
– 215 000 t de concassé lavé ;
– 120 000 t de concassé non lavé.

Elle comprend aussi 50 000 t de galets 60/D qui sont achetés à l’extérieur, le tout-venant manquant de gros éléments.
Dans cette exploitation, l’extraction se fait par une drague Rohr à benne preneuse de 12m3, secondée par une drague de 8m3 et une autre de 2m3. Le gisement est exploité sur 60 m de profondeur.

L’amenée du tout-venant est assurée par une succession de bandes transporteuses jusqu’à une installation (datant 1997) possédant une installation de prélavage Allmineral, d’un débit de 370 t/h, permettant d’éliminer les indésirables comme le bois et l’argile grâce à des cribles Alljig à pulsion d’air. Le gravier propre à 99 % et le sable sont acheminés par bandes transporteuses vers une installation de criblage et de concassage Gefa équipé de broyeurs giratoires Metso.

Ce sont environ 800m3/h d’eau qui sont nécessaires pour le lavage. Cette eau est ensuite envoyée dans des bassins de décantation de boue (schlamms) pour que cette dernière soit utilisée lors du réaménagement de la carrière. Le parc des matériels roulants est composé de 7 camions 8x4, 3 chargeuses Caterpillar (1x980, et 2x966), 1 pelle M316 et un télescopique TH 32.

Commercialisation des matériaux

Les principaux clients sont les usines de préfabrication (bordures, dalles…), les entreprises de travaux publics (poste d’enrobage), et les centrales à béton. Ce sont 25 % de la production qui sont ainsi exportés par voie fluviale, en concassé lavé principalement.
L’entreprise dispose d’un poste de chargement de péniches d’un débit de 1 000 t/h pour des péniches allant jusqu’à 6 000 t.

Environnement et biodiversité

L’adhésion en 2008 à la Charte environnement permet de gérer le patrimoine écologique.
Adhérer à cette charte signifie répondre positivement à plus de 90 questions regroupant différents critères de sélection qui analysent toute l’entreprise en termes de :
– respect du paysage, maintien de la propreté et de la sécurité du site ;
– maîtrise du bruit, des vibrations, des poussières des impacts (déchets, eau).

L’audit de positionnement sur ce site l’a placé en niveau 3, le maximum étant à 4, le niveau d’excellence.
Le réaménagement des sites, en collaboration avec la commune et le conservatoire des sites alsaciens, a permis de stabiliser les berges et d’aménager un espace naturel. L’exploitant a été amené à créer des frayères (lieux de reproduction de poissons et batraciens), des roselières, un milieu propice aux oiseaux (canards colverts, bergeronnettes) migrateurs en particulier (oies bernaches, ouettes d’Égypte, hirondelles de rivage…).

Les Ballastières Werny

Cette entreprise familiale créée en 1953 par Gérard Werny ne comptait à ses débuts que deux employés et le site s’étendait sur un peu plus de 2 ha. L’exploitation du gisement alluvionnaire était destinée à produire du sable et du gravier dans le cadre des reconstructions de l’après-guerre.

En 1967, l’entreprise devenue une société anonyme comptait 12 salariés. Après de longues démarches avec le port autonome de Strasbourg, les Ballastières Werny ont pu construire en 1971 leur propre poste de chargement dans la zone portuaire de Marckolsheim, où il se trouve encore actuellement. Une partie de la production de granulats est transportée par automoteurs sur le Rhin à destination du marché européen (Allemagne, Belgique, Pays-Bas).

En 1978, les Ballastières Werny se sont associées aux Sablières Capoulade d’Isles-les-Meldeuses, près de Meaux (77). Actuellement, le site emploie 27 personnes, pour une production annuelle de 550 000 tonnes sur 67 hectares. Le dernier arrêté préfectoral est daté du 5 décembre 2008 et porte sur une durée de 25 années. Les réserves restant à exploiter sont de l’ordre de 6Mm3.

Une production de 7 fractions granulaires

Le gisement de la plaine alluviale rhénane se situe entre les Vosges et la forêt Noire, avec un gisement exceptionnel d’alluvions (environ 214 Mrd m3).

Ces alluvions sablo-graveleuses présentent une très grande épaisseur, de l’ordre de 100 et 150m. L’extraction se faisait jusqu’en mai 2014 à l’aide d’une drague flottante mise en service en 1982. Cette machine offrait une capacité de 300 à 400 t/h, avec un godet de 6,5 m3. La nouvelle drague, mise en service récemment, est équipée d’un godet de 8 m3. La profondeur d’exploitation est limitée à 82m.

Le tout-venant en provenance de la drague est scalpé, ce qui permet de séparer et de laver les galets supérieurs à 80 mm et de classer un tout-venant pour couches de forme ou de fondation.

L’installation de traitement lave et crible, à partir du tout-venant, les éléments roulés inférieurs à 32 mm en sept fractions granulaires (sablon - 0/2 - 2/8 - 8/16 - 4/16 - 16/22 et 16/32).

Cette installation comprend :
– 1 crible à 3 étages (tamis 1) et 1 crible à 1 étage (tamis 4) ainsi qu’une roue à sable. Les éléments supérieurs à 32 mm sont concassés lavés et criblés en sept fractions granulaires (0/2CS, 0/2CL, 1/3, 2/5, 4/8, 8/11 et 11/16) ;
– 1 crible à 4 étages (tamis 2) ainsi qu’un crible à 3 étages (tamis 3).

La centrale de recomposition permet de produire, à partir des éléments présentés auparavant, un mélange GNT0/14 type B2, des mélanges concassés, des sables pour chapes et crépis, des sables pour BPE et préfa et des gravillons d’après des classes granulaires spécifiques souhaitées par les clients.
Les granulométries maîtresses produites sur le site sont au nombre de 14, les granulométries et les différents mélanges commercialisés sont au nombre de 35.

Le matériel sur site est exclusivement de la marque Caterpillar pour les chargeuses sur pneus (3 chargeuses Cat 972 H), de Mercedes-Benz pour les camions, Metso pour les cribles et le concasseur primaire HP 300, Svedala pour le concasseur secondaire H 3000.

Une commercialisation jusqu’aux pays voisins

Le chiffre d’affaires annuel représente 4 M€. Les ventes de matériaux roulés représentent 60 % de ce résultat, les matériaux concassés 30 % et le tout-venant 10 %.

Le marché européen (Allemagne, Belgique, Pays-Bas) par voie fluviale représente 45% de la production. Le poste de chargement de péniches est situé dans la zone portuaire de Marckolsheim, avec une capacité moyenne de chargement de 500 à 600 t/h. Le marché européen (Allemagne) par voie routière représente 10 %, tandis que le marché local (BTP et BPE) représente 45 %.

Les clients sont les centrales de BPE, les entreprises routières nationales et régionales, les entreprises de BTP, le centre de préfabrication de l’industrie du béton précontraint, les centrales d’enrobés, et les particuliers.

Une qualité surveillée

Les Ballastières Werny ont opté pour le système 2+ du marquage CE, qui se traduit par des contrôles internes et externes pour les trois normes suivantes :
– NF EN 12620 - Granulats pour béton ;
– NF EN 13043 - Granulats pour mélanges hydrocarbonés et pour enduits superficiels utilisés dans la construction des chaussées, des pistes d’aérodromes et d’autres zones de circulation ;
– NF EN 13242 - Granulats pour matériaux traités aux liants hydrauliques et matériaux non traités utilisés pour les travaux de génie civil et pour la construction des chaussées.

Charte de l’environnement

Dans le cadre de la Charte environnement des industries de carrières, le site a adhéré à la démarche du chemin de progrès en tant que premier site en Alsace, de façon volontaire, en mai 2006. Une concertation constructive a été mise en place sous forme d’une commission locale de concertation et de suivi (CLCS) en septembre 2007, et le site a obtenu en date du 24 novembre 2009 la validation de l’atteinte à l’étape 4 du référentiel de progrès environnemental de la Charte environnement.

Biodiversité

Dans le cadre de l’étude d’impact du volet faune-flore, des stations de Myricaria germanica / tamarin d’Allemagne, plante rare disparue en Alsace ont été observés sur le site. Une opération de transplantation a été réalisée en novembre 2008. D’autres plants sont régulièrement découverts.

Des espèces d’amphibiens ont été répertoriées sur le site. Il s’agit du crapaud commun, du crapaud calamite, de la grenouille agile et du triton ponctué.

Bernard Thevenon, district Est (Sim)