Congrès-Exposition

Quelles réponses à la demande croissante en matériaux ?

Le Congrès exposition Sim 2017 de Metz a rassemblé plus de 4 500 personnes sur le site Metz expo de la capitale de la Lorraine. Voici un résumé de la séance inaugurale.

Chaque année en octobre, le Congrès-exposition de la Sim se déroule selon un schéma rodé et dense durant quatre journées. Le mardi, six circuits de visites techniques concernent une douzaine de sites en Lorraine. Mercredi matin, la séance inaugurale est pilotée par le district organisateur, Grand Est en l’occurrence, et son président Michel Dubruille. Jeudi matin, la séance plénière est menée par Jean-Claude Lazarewicz. Les mercredi et jeudi après-midi, et le vendredi matin, deux ateliers se déroulent simultanément, soit six ateliers en tout.

Un autre événement s’est greffé en sus du programme “de base”, durant le mercredi. Prevencem, l’organisme spécialisé dans la prévention pour les industries extractives, a réuni 127 personnes.

L’importance minérale de la Lorraine

En préambule de la séance inaugurale, Michel Coqué, le directeur général de Metz Évènements (qui fait partie de la société d’origine lyonnaise GL events, gérante de nombreux parcs d’exposition en France et dans le monde), accueille le Congrès-exposition.

Michel Coqué, directeur général de Metz Évènements, accueille le Congrès-exposition.
Michel Coqué, directeur général de Metz Évènements, accueille le Congrès-exposition. © R&V / PG

Cette séance inaugurale traite le sujet : Quelles réponses à la demande croissante en matériaux ? Michel Dubruille, président du district Grand Est et du Congrès Sim 2017, détaille le thème du congrès, l’accessibilité aux matières, notamment celles nécessaires à la transition écologique et énergétique. Le recyclage fournit souvent des quantités mesurables, mais insuffisantes pour couvrir des besoins mondiaux en forte croissance.

Michel Dubruille, président du district Grand Est et du Congrès Sim 2017 à Metz.
Michel Dubruille, président du district Grand Est et du Congrès Sim 2017 à Metz. © R&V / PG

Gilbert Krausener est à la fois vice-président de Metz Métropole, président de la commission Enseignement supérieur, recherche et innovation, membre de la commission Développement économique d'intérêt communautaire, et maire adjoint chargé du patrimoine. Son intervention a listé les divers centres de transfert de technologie (CEA Tech, Institut Lafayette, Institut de recherche technologique) et écoles d’ingénieurs présentes à Metz (Arts et métiers, Centrale Supélec, École nationale des ingénieurs de Metz, ESITC, université américaine de Georgie). « Notre ADN, c’est le transfert de technologie vers les entreprises, avec le concept d’Invent Metz Campus », insiste Gilbert Krausener. Ayant travaillé au centre de recherches ArcelorMittal de Gandrange, il est sensible à la force des matériaux présents en Lorraine et particulièrement autour de Metz, dans le passé et pour l’avenir.

Gilbert Krausener, vice-président de Metz Métropole, insiste sur le lien entre les écoles d’ingénieur et les activités industrielles messines.
Gilbert Krausener, vice-président de Metz Métropole, insiste sur le lien entre les écoles d’ingénieur et les activités industrielles messines. © R&V / PG

Jean-Marc Picard, directeur-adjoint de la Dreal Grand Est, détaille les ressources minérales de la région. Il rappelle les travaux du Grand Paris qui vont solliciter les carrières des trois départements de l’ex région Champagne. Il mentionne « le décaissement du Rhin qui va produire des matériaux ». Nous apprenons que le schéma régional des carrières sera bien esquissé en 2018 et que les activités de recyclage bénéficient de matières importées, par exemple du Luxembourg.

Jean-Marc Picard, directeur-adjoint de la Dreal Grand Est, détaille les ressources minérales de la région.
Jean-Marc Picard, directeur-adjoint de la Dreal Grand Est, détaille les ressources minérales de la région. © R&V / PG

Matières premières recyclées et primaires

Guglielmina Toro intervient pour la DGALN, Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature, au sein du MTES, le ministère de la Transition écologique et solidaire. Son propos porte sur Maîtriser les besoins et mieux produire, tant pour les matériaux, gérés par le MTES, que pour les métaux qui intéressent le ministère de l’Économie. Cet univers double est piloté par Rémi Galin, chef du bureau de la gestion et de la législation des ressources minérales.

8 % de l’énergie sert à l’extraction, à la préparation et à la mise à disposition des ressources minérales. Guglielmina Toro rappelle la LTECV qui, dans le titre V, vise à promouvoir l’écologie industrielle et territoriale, à utiliser des ressources naturelles renouvelables, à valoriser 70 % des déchets du BTP en 2020 (transposition d’une directive européenne), et à lancer la Feuille de route de l’économie circulaire. Feuille de route qui est en cours et apparaîtra au premier semestre 2018, sous la houlette du ministre Nicolas Hulot.

Guglielmina Toro, directrice adjointe de la DGALN, Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature, du MTES, le ministère de la Transition écologique et solidaire, fait porter son propos sur<em> Maîtriser les besoins et mieux produire</em>.
Guglielmina Toro, directrice adjointe de la DGALN, Direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature, du MTES, le ministère de la Transition écologique et solidaire, fait porter son propos sur Maîtriser les besoins et mieux produire. © R&V / PG

Vincent Basuyau est le responsable des politiques Construction durable, à la direction générale Marché intérieur, industrie, entreprenariat et PME à la Commission européenne. Il explique la politique de la Commission relative aux minéraux, en trois piliers. L’approvisionnement en minéraux industriels et en métaux est soumis à des marchés mondiaux, au contraire des matériaux de construction qui obéissent à des marchés locaux.

Premier pilier, l’Union européenne développe une diplomatie des matières premières avec de nombreux pays, les pays les plus développés et les pays miniers. Le deuxième pilier favorise le potentiel minier en Europe, en établissant une base commune. Le troisième pilier porte sur les matières secondaires dont le développement des marchés doit être encouragé. Les matières critiques recensées sont actuellement 27.

Un tableau de bord Matières premières est mis en place depuis 2016. « Il assure le suivi de 24 indicateurs portant sur les besoins et les ressources, sur les marchés et leurs éventuelles distorsions, les implications pour l’emploi dans l’UE ou les taux effectifs de recyclage. Ce qui permet de suivre l’économie circulaire dans l’UE. »

En ce qui concerne les matériaux de construction, trois initiatives sont développées. Le protocole européen des déchets de construction et de démolition vise à harmoniser la qualité des matériaux et à développer les marchés. Les lignes directrices de l’audit des travaux de démolition ou de rénovation sont en cours de mise au point. La troisième porte sur l’évaluation de la performance environnementale des bâtiments.

Vincent Basuyau, responsable des politiques Construction durable, à la direction générale Marché intérieur, industrie, entrepreunariat et PME à la Commission européenne, fait le point sur les actions bruxelloises.
Vincent Basuyau, responsable des politiques Construction durable, à la direction générale Marché intérieur, industrie, entrepreunariat et PME à la Commission européenne, fait le point sur les actions bruxelloises. © R&V / PG

Les mines, vues de l’Hexagone et en Afrique

Catherine Tissot-Colle préside A3M, Alliance des minerais, minéraux et métaux. Les entreprises adhérentes exercent essentiellement en dehors des territoires de la République, sauf en Nouvelle-Calédonie et en Guyane. A3M réunit 350 entreprises, soit 62 500 emplois directs et un volume d’affaires cumulé de 41 Md€.

Catherine Tissot-Colle rappelle que « l’extraction des matières a quadruplé en 45 ans », atteignant 82 milliards de tonnes et 55 mille milliards de dollars en 2015. Ces matières sont les végétaux, les hydrocarbures, les métaux et les minéraux non métalliques. Elle note que « le développement des énergies renouvelables est une source de consommation de métaux, ce dont certains écologistes commencent à s’offusquer, mais dont nous nous réjouissons de manière raisonnable ».

Les ressources en matières sont très inégalement réparties sur la planète. Pour de nombreux métaux, quelques pays sont généralement les principaux producteurs. Par ailleurs, les gisements mis en exploitation ont tendance à être de plus en plus complexes et polymétalliques, les teneurs sont en baisse, les zones d’extraction plus difficiles d’accès. Et les exigences environnementales et sociétales ajoutent un peu de piment. Le recyclage est bien perçu, mais il n’est pas toujours efficient sur le plan technique et économique pour certains métaux. Et de façon générale, il ne peut apporter qu’une partie des métaux nécessaires aux industries.

Catherine Tissot-Colle, présidente d’A3M, Alliance des minerais, minéraux et métaux, résume les activités et les positions de ses adhérents.
Catherine Tissot-Colle, présidente d’A3M, Alliance des minerais, minéraux et métaux, résume les activités et les positions de ses adhérents. © R&V / PG

Katshidikaya Tshibangu, professeur à l’université wallonne de Mons, s’exprime à propos des ressources minérales dans les pays africains. Actuellement, l’Afrique représente 11 % des ressources minières exploitées, essentiellement de façon aérienne. En 2015, l’Afrique a fourni 80 % du platine, 66 % du cobalt, 57 % du manganèse et des diamants, 34 % du palladium, 22 % de l’or et de l’uranium, 15 % de la bauxite, 9 % du cuivre, etc.

Katshidikaya Tshibangu, professeur à l’université de Mons, donne l’importance des ressources minières africaines.
Katshidikaya Tshibangu, professeur à l’université de Mons, donne l’importance des ressources minières africaines. © R&V / PG

Parcours individuel de compétences

Jean-Marc Montel, le directeur de l’ENSG, École nationale supérieure de géologie de Nancy, clôt les interventions de la première matinée du congrès. Son propos porte sur l’évolution de l’enseignement supérieur actuel.

Il rappelle l’organisation actuelle de l’université en Lorraine. La recherche de l’efficacité et, sans doute, la faiblesse démographique de la Lorraine ont conduit à regrouper tous les établissements d’enseignement supérieur sous un chapeau unique : université de Lorraine. La mise en commun des moyens pouvant donner plus d’efficience pour 4 000 enseignants et 60 000 étudiants, un budget cumulé de 600 M€ et 400 thèses produites par an.

Jean-Marc Montel précise le nouveau cadre de formation des ingénieurs. Outre six compétences scientifiques, il détaille huit compétences non scientifiques :

  • la maîtrise des enjeux économiques, la prise en compte des enjeux sociaux, l’environnement et le développement durable, et un ensemble éthique, responsabilité, sécurité et santé.
  • sur un plan plus personnel, la capacité d’intégration dans une équipe et une organisation, la capacité d’innovation et d’entreprenariat, « la dimension internationale, très différente d’un secteur à l’autre, et un truc tout bête, la connaissance de soi ».

Il précise le macro cadre actuel : « Le milieu académique est international, les enseignants et les étudiants circulent ». Par ailleurs, « les relations avec l’industrie se structurent et ne se font plus à la bonne franquette ». L’ENSG a créé le réseau d’excellence Mine & société.

Plus précis, Jean-Marc Montel met l’accent sur les changements de l’enseignement, notamment l’impact des outils numériques. Premier élément, l’accès à la connaissance est immédiat via internet, par exemple des images sur le tir de mine, la flottation, etc. Deuxième évolution, « la fin de la tyrannie des équations ; certaines techniques mathématiques ne servent plus grâce à des logiciels dédiés », par exemple les flux d’air dans des galeries de mine. « L’enseignement porte maintenant plus sur des concepts qu’il faut comprendre, sur des techniques qu’il faut savoir faire et des savoirs dont la part se réduit. » Les cours en ligne sont « également un formidable outil accessible au moment où l’étudiant est le plus disponible ».

S’ajoute à tout cela une « révolution conceptuelle : l’approche par compétences acquises ». En conséquence, le référentiel de compétences de l’école doit correspondre à des métiers potentiellement exercés. Ceci change la mission du professeur qui « délivre moins un savoir et devient un accompagnateur aidant l’étudiant à concevoir son avenir professionnel en fonction de ses envies et de ce qu’il sait faire ». Notre rôle est « d’accompagner l’étudiant dans la construction de ses compétences, ce qui est une démarche beaucoup plus individuelle. Parfois, un étudiant comprend mieux un cours en ligne, par exemple de l’université de Montréal, parce que chacun n’a pas le cerveau construit de la même manière. »

Jean-Marc Montel sur l’évolution de l’enseignement supérieur
Jean-Marc Montel, directeur de l’ENSG, École nationale supérieure de géologie de Nancy, renouvelle la querelle des Anciens et des Modernes à propos de l’enseignement prodigué aux élèves-ingénieurs.

Pascal Graindorge