En sécurité avec les pompiers du Grimp

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mines & carrières 230 - novembre 2015

 

Sécurité et ancienne carrière de pierre de taille ont été au menu de la dernière journée organisée par le district Est de la Sim, à Saint-Germain-sur-Meuse et à Euville (55).
Bien que spectaculaire, l’exercice réalisé le matin a donné l’occasion de voir des pompiers spécialisés intervenir dans une situation d’urgence rendue périlleuse par l’arrivée d’une forte pluie. La maîtrise de la situation et son organisation sont le fruit de longues séances d’entraînement que ces professionnels recherchent. Les carrières constituent à cet effet des sites d’exercice idéals pour les recevoir.

 

Le district Est de la Sim a organisé une journée technique le 16 septembre dernier sur le site de la carrière Solvay à Saint-Germain-sur-Meuse (55). Elle s’est déroulée en deux parties avec, le matin un exercice de situation d’urgence réalisé avec les pompiers et le Groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux (Grimp) du département de la Meuse, et l’après-midi une visite des carrières d’Euville, au sein d’anciennes carrières souterraines.

Le scenario prévoit une chute depuis le front de taille

Une quarantaine de personnes se sont retrouvées à la carrière Solvay afin d’assister à cet exercice de situation d’urgence. Le scénario retenu par les responsables du site, Jean-Louis Vautrin et Nicolas Poirot, portait sur l’assistance et l’évacuation d’un mineur (en l’occurrence un mannequin parfaitement déguisé), victime d’une chute du front de taille de 25 m de hauteur et se trouvant en fâcheuse position, en haut d’un tas de calcaire fraîchement abattu, avec un risque important de chute de blocs instables.

Après un appel lancé au 18, ce sont les pompiers du Groupe d’intervention en milieux périlleux (Grimp) de Meuse, venus de Commercy et sous les ordres du sergent-chef Dimitri Lamotte, qui ont porté secours à la victime.

Après analyse de la situation, une tyrolienne a été tendue entre deux engins appartenant au site puis, par l’intermédiaire de ce dispositif, un pompier est descendu à proximité du mineur pour le conditionner et l’évacuer vers l’ambulance en attente au pied du front de taille. La difficulté est venue avec la pluie qui a compliqué l’exercice et incité à prendre plus de précautions pour ne pas créer un sur-accident.

Tout au long de cette intervention Dimitri Lamotte, le chef d’unité, a commenté les opérations de sauvetage et a répondu aux questions des participants.

Puis, un débriefing complet a permis de décortiquer ce sauvetage afin de définir les mesures correctives à mettre en place, tant pour la carrière que pour les pompiers intervenus dans le sauvetage.

Spectaculaire, car il n’entre pas dans l’ordinaire d’un exploitant, cet entraînement est pourtant le lot commun de ces pompiers “escaladeurs”. Il est important de préciser qu’ils ne connaissaient pas le site où ils sont intervenus. Ils ont dû faire preuve d’adaptabilité et de réactivité. Intéressés par les sites industriels, les pompiers du Grimp sont demandeurs de ce genre de sortie pour s’entraîner à tout type d’intervention.

Enfin, à l’issue de cet exercice, un superbe tir d’abattage a été effectué par les artificiers de la carrière.

Histoire des carrières du pays de Commercy

L’après-midi de cette journée a été consacré à la visite d’un lieu exceptionnel en Lorraine : le site des carrières d’Euville, entre la vallée et les côtes de Meuse.
Les participants ont aussi visité le musée installé dans l’atelier des tailleurs de pierre, au milieu de la Grande Carrière. Il retrace l’histoire des carrières du pays de Commercy.

Il y a 150 millions d’années, dérive des continents oblige, la Meuse franchit le tropique du Cancer. De cette période (le Jurassique), la région a hérité des calcaires à entroques formés par l’accumulation des débris de crinoïdes et d’animaux cousins des oursins qui peuplaient les fonds marins. À la fin du XIXe siècle, ces calcaires sont exploités dans une vingtaine de carrières du Pays de Commercy. Les plus célèbres sont à Euville et à Lérouville où travaillent près de 1 500 personnes. La pierre est exportée dans toute l’Europe et même plus loin, en Amérique du Nord. À Paris, elle est utilisée dans la plupart des monuments édifiés depuis Napoléon III : Louvre, Grand et Petit Palais, opéra, gare de l’Est, pont Alexandre III, etc.

En tout ce sont 739 895 m3 de pierre d’Euville et du bassin de Commercy qui sont livrés à Paris entre 1853 et 1890 (chiffres officiels de l’octroi de Paris), depuis la pose d’un premier bloc dans l’entablement du petit Pont Neuf en 1853. Pour les carriers meusiens, l’Exposition universelle de 1889 est un triomphe. Celle de 1900 – avec la construction du Métropolitain, du Grand et du Petit Palais – marque la fin d’une époque.

Le marché parisien a été le plus important pour la pierre d’Euville. La notoriété acquise à Paris lui permet de trouver de nouveaux marchés en Belgique d’abord, et à Bruxelles en particulier, où elle est employée pour le palais royal de Laeken, la fontaine de la place Brouckère, la gare du Midi. L’architecte Victor Horta, chef de file de l’Art nouveau en Belgique, a été l’un de ses plus célèbres promoteurs. La pierre d’Euville a aussi été utilisée à New York, à la Gare Centrale et tout récemment au Metropolitan Museum of Art.

Aujourd’hui, cette pierre n’est exploitée à Euville que par la société Rocamat.

Milko Haddad