Smurfit-Kappa, une usine en forêt des Landes

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mines & carrières 196 - octobre 2012

 

Le district Sud-Ouest de la Sim a organisé début juin une visite en Gironde, à Facture-Biganos, dans l’usine Smurfit-Kappa Cellulose du Pin.

 

Smurfit-Kappa Cellulose du Pin est une usine intégrée, située à proximité du bassin d’Arcachon et fonctionnant 24 heures sur 24, pour produire des papiers kraft destinés à la fabrication d’emballages en carton ondulé. C’est l’une des plus importantes unités papetières européennes, sa capacité approche 500 000 tonnes par an.

Le bois provient de la forêt des Landes de Gascogne, la plus grande forêt d’Europe occidentale, constituée presque exclusivement de pins maritimes. Ce bois est le premier facteur de localisation de l’usine et la source essentielle des matières premières consommées.

L’atelier à bois de Facture reçoit chaque jour 250 camions de plaquettes, délignures (sous-produits du sciage) et rondins provenant d’éclaircies ou de la cime des gros arbres.

Les rondins sont écorcés, transformés en copeaux et stockés. Une station de traitement, récupérant les écorces et séparant le sable, recycle des eaux de lavage des rondins.

Un procédé pour trois pâtes à papier

Trois sortes de pâtes à papier sont utilisées sur le site de Facture. La pâte écrue de fibres vierges (1 200 tonnes par jour), la pâte de fibres recyclées à partir de cartons de récupération (380 tonnes par jour) et la pâte blanchie importée (200 tonnes par jour).

Pour fabriquer la pâte écrue de fibres vierges, le bois est cuit avec de la soude et du sulfure de carbone (liqueur blanche) dans un lessiveur alimenté en vapeur d’eau à 165 °C sous 10 bar de pression. Le temps de séjour est de 8 heures. Ensuite la pâte est défibrée, épurée et lavée. Des fosses de récupération permettent un recyclage interne des eaux utilisées.

Des équipements performants permettent à Smurfit Kappa Cellulose du Pin de régénérer une grande partie des produits chimiques utilisés mais aussi d’avoir une autonomie importante en matière d’énergie.

La liqueur blanche, qui devient noire après la cuisson du bois, est régénérée à plus de 97 % après évaporation, combustion et caustification. La chaux est recyclée et les sous-produits, tall-oil1 et essence de térébenthine, sont valorisés.

La plus grande chaudière biomasse de France, exploitée par Dalkia (investissement de 140 M€ en 2008), assure une production d’électricité de 400 GWh par an. Elle consomme chaque année 500 000 tonnes de bois sous forme de souches, branches, fines de classage et déchets verts. De la vapeur à basse pression est consommée à l’usine, qui fournit de la vapeur haute pression à la centrale Dalkia.

Le papier et l’environnement

L’usine de Facture-Biganos dispose de deux machines à papier assurant la production de papier kraft pour emballage.

Une machine, de 550 tonnes par jour de capacité, produit des papiers “duplex” blanc et écru ; elle utilise des pâtes écrues de fibres vierges ou recyclées et des pâtes blanchies, et intègre aussi dans son procédé du carbonate de calcium, en charge et en traitement de surface.

La deuxième machine produit

1 000 tonnes par jour de papiers kraft de différents grammages (de 115 à 430 grammes par mètre carré). Le papier est séché, calandré et bobiné.

L’usine utilise comme matière première principale les sous-produits de la forêt d’Aquitaine et de l’industrie du bois d’œuvre, contribuant ainsi à la préservation et au développement de ce massif forestier. Les papiers sont certifiés issus d’une forêt gérée durablement. Un appoint important est constitué de fibres recyclées, provenant de la récupération des emballages en papier carton.

Le procédé de fabrication de papier kraft réunit des avantages économiques et environnementaux. Les produits chimiques utilisés pour la cuisson du bois sont recyclés à plus de 97 %, réduisant les coûts d’exploitation et les impacts environnementaux. En incluant la chaudière biomasse Dalkia, l’autonomie interne pour les besoins en énergie thermique est assurée à 95 % en ce qui concerne l’énergie thermique et à 90 % pour l’énergie électrique. Les matières premières et procédés utilisés n’engendrent pas de produit toxique dans les rejets liquides, les émissions atmosphériques ou les déchets.

Tous les papiers fabriqués sont recyclables et ne génèrent pas de problèmes de traitement de déchets après usage. Les papiers sont certifiés aptes au contact alimentaire et les additifs employés sont agréés, gage de sécurité supplémentaire pour les effluents de l’usine.

Les investissements environnementaux

De 1994 à 2008, l’usine de Facture a investi 35 M€ dans le cadre d’un plan environnemental qui s’est traduit par la réduction de la consommation d’eau de 50 %, par l’amélioration du recyclage et l’installation de tours aéroréfrigérantes. De plus, elle a obtenu la réduction de 60 % du flux de matières en suspension (MES) dans les rejets liquides (avec la construction d’un décanteur physico-chimique), la réduction par 10 des émissions de poussières sur les chaudières et le four à chaux par l’installation d’électrofiltres performants, la réduction de 50 % des matières organiques dans les rejets liquides par la construction d’une station de traitement biologique anaérobie des effluents. En 2008, la mise en place d’une tour de stripping à la station biologique a entraîné une nouvelle réduction de 40 % des MES dans les effluents.

Le site de Facture valorise au mieux les sous-produits de la forêt des Landes de Gascogne : centrale électrique et usine à papier poussent très loin économies d’eau et d’énergie, recyclage, réduction des impacts. C’est un bel exemple de développement durable dans son environnement géographique.

Yannick Le Mailloux,
président du district Sud-Ouest de la Sim

(1) Le tall-oil est un résidu de traitement des résineux lors de la fabrication de la pâte à papier de type kraft (au sulfate).